
Le moins que l’on puisse dire est que cet album était très attendu. Encensé par la presse et le public, le roi du freestyle était attendu au tournant surtout à l’annonce de sa collaboration avec Kool Shen qui intervient sur cet album en qualité de réalisateur. Il faut dire que Busta Flex avait déjà grandement marqué les esprits avec sa dextérité au mic et son incroyable facilité à improviser. Son nom était à l’époque sur toutes les lèvres et tout le monde attendait son explosion avec son premier LP qui s’annonçait prometteur au vu du EP Kick Avec Mes Nike qui l’avait précédé.
Comme souvent à l’époque le pronostic fut bon. On aurait pu craindre un album très orienté sur l’égotrip mais non. Le MC d’Orgemont n’hésite pas à aborder des sujets plus profonds sans pour autant verser dans le misérabilisme. Il est en cela bien aidé par des productions de haut vol assez variées préservant ainsi l’album d’un certain monolithisme instrumental. Au micro Flex fait plus que plaisir à entendre. A l’aise sur tous les instrumentaux il prouve bien que les espoirs placés en lui étaient largement fondés. Même les rares invités se mettent au diapason et livrent quelques-unes de leurs toutes meilleures prestations en featuring. Coup d’essai, coup de maître pour cet opus devenu depuis un classique incontournable. Si j’ai plus facilement adhéré à l’ambiance de Sexe, Violence, Rap & Flooze, ce disque éponyme n’en demeure pas moins un de mes albums préférés. Mon seul regret est qu’il n’est pas conservé la fraicheur de ses débuts. Au vu de ses deux premières sorties il avait tout pour marquer encore plus l’histoire du rap Français.
Titres marquants: Esprit mafieux, Ma Force, Ca se dégrade, J’fais mon job à plein temps, 1 pour la basse, Pourquoi?, Kick avec mes Nike, Freestyle Session

Contrairement à beaucoup d’auditeurs de mon âge je ne suis pas un grand fan de NTM. A vrai dire j’ai été longtemps réfractaire aux flows de Kool Shen et Joey Starr qui avaient plus tendance à me rebuter qu’à m’attirer. Je suis ainsi donc allègrement passé à côté d’Authentik que j’ai trouvé inécoutable et de 1993 J’appuie sur la gâchette. Même Paris sous les bombes m’avait laissé neutre, je ne pensais donc pas apprécier un jour leur musique. Il ne faut cependant jamais dire jamais. Une fois que le flow de Kool Shen eût légèrement varié et que les lyrics de Joey soient devenus un peu plus compréhensibles à mon oreille j’ai commencé à m’intéresser à leur actualité.
Encouragé par les singles Laisse Pas Traîner Ton Fils et My Benz je me suis laissé convaincre d’acheter cet album. Le plus paradoxal aie que j’ai énormément apprécié le disque d’un groupe que je ne pouvais pas supporter il y a quelques mois à peine. Je suis ainsi entré dans leur univers mais sans toutefois en devenir fan (j’ai toujours du mal avec leurs sorties précédentes). Cet album est pour moi une réussite en tous points (jusqu’au casting des invités) et contrairement à ce que beaucoup pourraient penser leur tout meilleur album. Un album plus mature, mieux maitrisé, excellemment produit et plus plaisant. Apparemment leur procès et les attaques de l’opinion publique ont rendus nos deux enragés plus responsables. Que tous ceux qui pensaient qu’NTM n’était qu’une association de gueulards aux propos inutilement provocateurs révisent leur jugement. Kool Shen et Joey ont évolué dans leur discours et dans leur musique. Dommage cependant que cette sortie marque la fin du groupe. Il aurait en effet été intéressant de voir quelle orientation future ils auraient pris.
Titres marquants: Back dans les bacs, That’s My People,My Benz, C’est arrivé près de chez toi, Odeurs de Soufre, Laisse pas trainer ton fils, Pose ton gun, Hardcore sur le beat
Catégories:Albums, Hip-Hop FR
Tags:93, B.O.S.S., DJ James, DJ Spank, Epic, IV My People, Joey Starr, Kool Shen, NTM, Paris, Rap français, Seine St-Denis, St-Denis

Un album qui pourrait à lui seul symboliser les multiples changements d’avis du public hip-hop. le premier album du bien-nommé Doc Gynéco avait dans le temps reçu un bel accueil commercial. Il fut cependant attaqué par beaucoup pour son côté décalé qui ne correspondait pas aux standards de l’époque. Tout d’abord une couleur musicale résolument orientée West Coast (l’album a été enregistré à Los Angeles) à l’époque où tout le rap Français ne s’inspirait que de ce qui se faisait à New-York fut hâtivement jugée légère. N’oublions pas qu’on était en pleine époque du G-Funk tout puissant et paradoxalement ceux qui tentaient de reproduire ce son en France étaient traités de rappeurs commerciaux et lynchés par une critique déjà assassine. Ce ne fut cependant pas la principale cause des attaques subies par cet album. Il lui fut reproché de ne pas être assez ghetto, trop lisse, trop commercial (rien que le titre Classez moi dans la varièt’ a suffit à attirer les attaques). En effet dans cet album on ne parle que très peu de rue et on n’y voit aucun message revendicatif. Toutes choses qui passaient très mal pour un auditoire peu enclin à s’accommoder d’un rap (pour certains cet album n’était même pas à classer dans cette catégorie) sans message politique, ni description sombre de la vie des banlieues. Les récits plus ou moins crapuleux du Doc et ses délires aux sous-entendus sexuels ne furent perçus par beaucoup que comme un ersatz commercial de rap. L’idéal pour que Doc Gynéco passe pour le plus gros vendu du rap Français.
Huit ans plus tard, Première consultation est considéré par certains comme un classique rap Français et on se prend à louer l’humour décalé de son auteur et l’authenticité de sa démarche. Bien sur certains irréductibles ne voient à jamais en lui qu’une espèce d’hippie sous anxiolytiques passant le plus clair de son temps à détourner le rap, voire un bouffon tout juste bon à faire le mariole dans les talk-shows. Qu’importe la façon dont on considère Bruno le Doc, il faut lui concéder qu’il a su se faire une place dans et en dehors du hip-hop. Ce qui est tout à son honneur.
A titre personnel, j’ai été immédiatement séduit par cet album que j’avoue avoir écouté comme un disque de variété. A l’époque où le rap Français était à fond dans la revendication et le hardcore, Première Consultation était un bol d’air frais. Un rap pas sérieux et qui ne se prend pas non plus au sérieux mais loin d’être aussi réducteur que ce que le public pensait à l’époque. J’ai vraiment apprécié ses petites histoires et la note humoristique qui règne sur l’ensemble du disque. Décalé au point de divertir même en évoquant des sujets plus graves (Nirvana, Tel Père Tel Fils…). Classique du rap Français? Je ne sais pas mais c’est un opus suffisamment marquant à mon sens pour mériter une certaine valorisation.
Titres marquants: Nirvana, Dans Ma Rue, Si tu crois que je pèze, Tel Père Tel Fils, Né Ici, Les filles du moove

Comme beaucoup de vieux auditeurs je me suis progressivement désintéressé du rap Français. Pourquoi? Les causes sont nombreuses. Tout d’abord une couleur musicale qui est loin d’être à mon goût (les instrumentaux style Dirty South) mais surtout un incroyable manque de variété instrumentale en général. A croire que tout le monde à les mêmes concepteurs musicaux et que les albums sont d’aujourd’hui ne sont que des déclinaisons les uns des autres. De plus la pauvreté textuelle actuelle achève de me rebuter. Le rap Français vit en pleine dictature de la punchline qui en est devenue plus importante que le contenu. Pas que j’ai quelque chose contre la technique pure et les punchs, mais ce que je trouve dommage c’est d’y sacrifier tout message et le plus souvent tout sens même. On se retrouve avec des textes vides de sens qui ne sont qu’un assemblage de rimes abstraites accouplées les unes aux autres sans réelle profondeur. Une fois en passant ça va, mais n’entendre que ça des années durant fini par devenir plus que lassant. Certains argueront qu’il s’agirait d’une résurrection de l’esprit parnassien et que ces puzzles de mots sont l’illustration de l’identité du rap Français, mais à titre personnel cette tendance ne me parle que très peu, à l’exception de quelques artistes. Dans ce contexte, j’en suis venu à n’écouter majoritairement que des disques sortis avant 2004 et à ne plus suivre que l’actualité des artistes qui ont rythmé mon adolescence.
C’est dans ce contexte que j’apprends le retour dans les bacs du trop incompris Oxmo Puccino l’un de mes rappeurs préférés. Depuis la sortie de son premier album il a eu à coeur de marquer sa singularité, quitte parfois à semer le public comme sur son excellent deuxième album. Je m’attendais donc à retrouver un disque qui ne rappellerait aucun autre et surtout pas un retour aux sources comme certains l’espéraient (oui l’époque Time Bomb est bien révolue).
L’Arme de Paix fut largement à la hauteur de mes attentes. J’attendais un Oxmo original n’hésitant pas à promener sa plume dans d’aventureuses contrées musicales et je ne fus pas déçu. Une couleur musicale rappelant la variété (rien d’étonnant quand on se rappelle son album Lipopette Bar et son travail de parolier pour Alizée) mais ayant au moins réussi à s’émanciper des standards américains dans lesquels le rap Français semble emprisonné à jamais. Quand aux textes ils sont tout simplement dans la lignée de ceux à quoi ils nous a habitués. Riches et denses, parfois peu accessible pour l’auditeur lambda mais comme souvent impressionnant de vérité. Certaines collaborations comme celle avec Olivia Ruiz horrifieront les pseudo-puristes amis qu’importe au fond. Il convient de se débarrasser de toute espèce d’a priori pour apprécier cet album à sa juste valeur, pas seulement comme le disque d’un rappeur mais plutôt celui d’un artiste fidèle à sa vision de la musique et en décalage par rapport aux tendances actuelles. Un des albums francophones que j’aie le plus apprécié cette année.
Titres marquants: 365 Jours, Masterciel, Tirer des Traits, J’te Connaissais Pas, Soleil du Nord