
L’annonce de la sortie du premier solo du rappeur d’IAM m’avait complètement émoustillé. En cette 1998 on avait été plus que servi en disques de qualité. Les semaines se succédaient avec chacune une tuerie à la clé. Le florilège d’excellentes sorties n’a cependant pas suffit à éroder mon impatience d’écouter cet album. Mes attentes ont été totalement comblées. Je me disais qu’il serait difficile de faire aussi bien que les albums d’Arsenik et surtout d’Oxmo Puccino sortis plus tôt dans l’année. Oncle Shu frappe plus fort dans son style si caractéristique. Textes ultra-réalistes et sombres à l’envie, instrumentaux dépouillés plus que captivants (les samples de musique orientale me tuent à chaque écoute), flow affuté, featurings très bien choisis…il y a de tout sur ce disque qui figure depuis sa sortie parmi mes albums préférés. Shurik’n frappe juste à chaque piste et livre un projet qui à mon sens fait partie des plus homogènes jamais élaborés de l’histoire du rap Français. Du grand art malheureusement resté sans lendemain. Pour moi le meilleur album made in Marseille jamais réalisé.
Titres marquants: La totalité de l’album.

De Marseille on ne connaissais alors qu’IAM et un peu Soul Swing. Le Hip-hop français semblait alors n’exister en région parisienne où contrairement aux autres régions de la France pas mal de new comers parvenait à se faire une place dans les bacs. Heureusement aucune situation n’est immuable. Remarqués suite à leur apparition sur le tube Bad Boys de Marseille d’Akhenaton, les sept membres de la Fonky Family parviendrons à tirer profit de cette exposition pour se faire un nom dans le microcosme et sortir des souterrains de la planète mars. Bien que pris en charge par l’équipe de Coté Obscur, il parviendront tout de même à vite s’émanciper de cette image de petits protégés d’IAM en se démarquant par leur propre style. J’étais de ceux qui m’attendait à ce que l’album reprennent les bases musicales de leurs illustres aînés mais il n’en fut rien. Pas de trace d’Imhotep aux manettes. La FF a sa propre identité musicale parfaitement forgée par Pone et DJ Djel. Les instrumentaux semblent de nature un peu abrupte à appréhender et il va s’en dire qu’il ne sera pas évident d’apprécier les beats à la première écoute. J’ai cependant été marqué par cette particularité. Contrairement à beaucoup de disques de l’époque la sempiternelle grosse basse ultra-lourde à la new-yorkaise n’est que très peu présente. De plus les samples choisis n’évoquent pas vraiment les standards américains, ce qui m’a vraiment donné le sentiment d’écouter quelque chose de réellement différent. Sans compter que l’ensemble sonnant live, on a le sentiment d’assister à un concert du groupe.
Lyricalement les quatre MC’s atteignent des sommets avec des textes peut-être moins fouillés que ceux d’IAM (il y a bien sur moins de références et la mystique est absente) mais forts et plus accessibles pour un public moins averti. Une écriture plus directe en résumé rappelant que ce groupe s’exprime par et pour la rue, n’en déplaise aux intellectualistes. Les performances sont elles aussi de très haute tenue et furent, à titre personnel, le détonateur qui m’a fait apprécier ce disque. Je suis tombé à jamais sous le charme du flow du Rat Luciano. Don Choa et Satir eux m’ont plutôt impressionné pour le contenu de leurs textes. J’ai cependant moins apprécié les performances de Menzo qui est à mes yeux le maillon faible de la formation. Heureusement la fougue qui se dégage des prestations des trois autre compense largement et m’a définitivement séduit. Album moins accessible que ses successeurs mais globalement au-dessus de toute leur discographie future.
Titres marquants: La furie et la foi, Aux absents, Sans rémission, Cherche pas à comprendre, Maintenant où jamais, Les mains sales, Une seule fois.
Catégories:Albums, Hip-Hop FR
Tags:Coté Obscur, DJ Djel, Don Choa, Felaga, Fonky Family, Le Rat Luciano, Marseille, Menzo, Pone, Rap français, Sat, Si Dieu Veut...

Le moins que l’on puisse dire est que cet album était très attendu. Encensé par la presse et le public, le roi du freestyle était attendu au tournant surtout à l’annonce de sa collaboration avec Kool Shen qui intervient sur cet album en qualité de réalisateur. Il faut dire que Busta Flex avait déjà grandement marqué les esprits avec sa dextérité au mic et son incroyable facilité à improviser. Son nom était à l’époque sur toutes les lèvres et tout le monde attendait son explosion avec son premier LP qui s’annonçait prometteur au vu du EP Kick Avec Mes Nike qui l’avait précédé.
Comme souvent à l’époque le pronostic fut bon. On aurait pu craindre un album très orienté sur l’égotrip mais non. Le MC d’Orgemont n’hésite pas à aborder des sujets plus profonds sans pour autant verser dans le misérabilisme. Il est en cela bien aidé par des productions de haut vol assez variées préservant ainsi l’album d’un certain monolithisme instrumental. Au micro Flex fait plus que plaisir à entendre. A l’aise sur tous les instrumentaux il prouve bien que les espoirs placés en lui étaient largement fondés. Même les rares invités se mettent au diapason et livrent quelques-unes de leurs toutes meilleures prestations en featuring. Coup d’essai, coup de maître pour cet opus devenu depuis un classique incontournable. Si j’ai plus facilement adhéré à l’ambiance de Sexe, Violence, Rap & Flooze, ce disque éponyme n’en demeure pas moins un de mes albums préférés. Mon seul regret est qu’il n’est pas conservé la fraicheur de ses débuts. Au vu de ses deux premières sorties il avait tout pour marquer encore plus l’histoire du rap Français.
Titres marquants: Esprit mafieux, Ma Force, Ca se dégrade, J’fais mon job à plein temps, 1 pour la basse, Pourquoi?, Kick avec mes Nike, Freestyle Session

Contrairement à beaucoup d’auditeurs de mon âge je ne suis pas un grand fan de NTM. A vrai dire j’ai été longtemps réfractaire aux flows de Kool Shen et Joey Starr qui avaient plus tendance à me rebuter qu’à m’attirer. Je suis ainsi donc allègrement passé à côté d’Authentik que j’ai trouvé inécoutable et de 1993 J’appuie sur la gâchette. Même Paris sous les bombes m’avait laissé neutre, je ne pensais donc pas apprécier un jour leur musique. Il ne faut cependant jamais dire jamais. Une fois que le flow de Kool Shen eût légèrement varié et que les lyrics de Joey soient devenus un peu plus compréhensibles à mon oreille j’ai commencé à m’intéresser à leur actualité.
Encouragé par les singles Laisse Pas Traîner Ton Fils et My Benz je me suis laissé convaincre d’acheter cet album. Le plus paradoxal aie que j’ai énormément apprécié le disque d’un groupe que je ne pouvais pas supporter il y a quelques mois à peine. Je suis ainsi entré dans leur univers mais sans toutefois en devenir fan (j’ai toujours du mal avec leurs sorties précédentes). Cet album est pour moi une réussite en tous points (jusqu’au casting des invités) et contrairement à ce que beaucoup pourraient penser leur tout meilleur album. Un album plus mature, mieux maitrisé, excellemment produit et plus plaisant. Apparemment leur procès et les attaques de l’opinion publique ont rendus nos deux enragés plus responsables. Que tous ceux qui pensaient qu’NTM n’était qu’une association de gueulards aux propos inutilement provocateurs révisent leur jugement. Kool Shen et Joey ont évolué dans leur discours et dans leur musique. Dommage cependant que cette sortie marque la fin du groupe. Il aurait en effet été intéressant de voir quelle orientation future ils auraient pris.
Titres marquants: Back dans les bacs, That’s My People,My Benz, C’est arrivé près de chez toi, Odeurs de Soufre, Laisse pas trainer ton fils, Pose ton gun, Hardcore sur le beat
Catégories:Albums, Hip-Hop FR
Tags:93, B.O.S.S., DJ James, DJ Spank, Epic, IV My People, Joey Starr, Kool Shen, NTM, Paris, Rap français, Seine St-Denis, St-Denis

Un album qui pourrait à lui seul symboliser les multiples changements d’avis du public hip-hop. le premier album du bien-nommé Doc Gynéco avait dans le temps reçu un bel accueil commercial. Il fut cependant attaqué par beaucoup pour son côté décalé qui ne correspondait pas aux standards de l’époque. Tout d’abord une couleur musicale résolument orientée West Coast (l’album a été enregistré à Los Angeles) à l’époque où tout le rap Français ne s’inspirait que de ce qui se faisait à New-York fut hâtivement jugée légère. N’oublions pas qu’on était en pleine époque du G-Funk tout puissant et paradoxalement ceux qui tentaient de reproduire ce son en France étaient traités de rappeurs commerciaux et lynchés par une critique déjà assassine. Ce ne fut cependant pas la principale cause des attaques subies par cet album. Il lui fut reproché de ne pas être assez ghetto, trop lisse, trop commercial (rien que le titre Classez moi dans la varièt’ a suffit à attirer les attaques). En effet dans cet album on ne parle que très peu de rue et on n’y voit aucun message revendicatif. Toutes choses qui passaient très mal pour un auditoire peu enclin à s’accommoder d’un rap (pour certains cet album n’était même pas à classer dans cette catégorie) sans message politique, ni description sombre de la vie des banlieues. Les récits plus ou moins crapuleux du Doc et ses délires aux sous-entendus sexuels ne furent perçus par beaucoup que comme un ersatz commercial de rap. L’idéal pour que Doc Gynéco passe pour le plus gros vendu du rap Français.
Huit ans plus tard, Première consultation est considéré par certains comme un classique rap Français et on se prend à louer l’humour décalé de son auteur et l’authenticité de sa démarche. Bien sur certains irréductibles ne voient à jamais en lui qu’une espèce d’hippie sous anxiolytiques passant le plus clair de son temps à détourner le rap, voire un bouffon tout juste bon à faire le mariole dans les talk-shows. Qu’importe la façon dont on considère Bruno le Doc, il faut lui concéder qu’il a su se faire une place dans et en dehors du hip-hop. Ce qui est tout à son honneur.
A titre personnel, j’ai été immédiatement séduit par cet album que j’avoue avoir écouté comme un disque de variété. A l’époque où le rap Français était à fond dans la revendication et le hardcore, Première Consultation était un bol d’air frais. Un rap pas sérieux et qui ne se prend pas non plus au sérieux mais loin d’être aussi réducteur que ce que le public pensait à l’époque. J’ai vraiment apprécié ses petites histoires et la note humoristique qui règne sur l’ensemble du disque. Décalé au point de divertir même en évoquant des sujets plus graves (Nirvana, Tel Père Tel Fils…). Classique du rap Français? Je ne sais pas mais c’est un opus suffisamment marquant à mon sens pour mériter une certaine valorisation.
Titres marquants: Nirvana, Dans Ma Rue, Si tu crois que je pèze, Tel Père Tel Fils, Né Ici, Les filles du moove